Des échantillons gratuits, des tests de produits, des offres à prix réduit – le concept séduit. Sauf que derrière la promesse, plusieurs utilisateurs ont découvert des prélèvements mensuels qu’ils n’avaient pas anticipés, une CNIL qui a sorti l’amende en 2023, et un désabonnement qui ressemble à un parcours du combattant. Voici ce que vous devriez lire avant d’entrer votre numéro de carte.
Comment fonctionne Testons Ensemble?
Testons-ensemble.com est édité par TAGADAMEDIA, une SAS au capital de 100 000 euros, dont le siège social est au 55 rue Legendre, Paris 17e (RCS Paris : 809 062 607). La société revendique plus de 12 millions de profils opt-in cross-canal dans sa base de données – un chiffre qui dit beaucoup sur son vrai métier.
Le site ne teste rien lui-même. Son modèle consiste à mettre en relation des internautes avec des offres provenant de partenaires : échantillons, produits à tester, promotions diverses. En échange de votre participation, vous renseignez vos données personnelles et vos préférences de consommation. C’est cette donnée qui alimente le modèle économique de TAGADAMEDIA.
Concrètement, vous remplissez un formulaire, vous êtes redirigé vers des offres ciblées, et vos informations sont transmises à des partenaires commerciaux. Testons Ensemble agit comme un intermédiaire de collecte de leads – pas comme une plateforme de tests indépendants.
Le site Testons Ensemble est-il fiable?
Sur ScamDoc, testons-ensemble.com obtient un indice de confiance très faible. Deux éléments pèsent lourd dans ce score : une accumulation d’avis négatifs détectés en ligne, et le propriétaire du nom de domaine masqué dans la base Whois. Cette opacité sur l’identité du détenteur du domaine est un signal d’alerte standard dans l’analyse de fiabilité des sites.
Le 6 octobre 2021, le site a été signalé comme frauduleux sur la plateforme SignalFraude. Ce signalement ne vaut pas condamnation, mais il documente une perception utilisateur négative à une date précise.
La nuance à poser : TAGADAMEDIA est une société légalement enregistrée à Paris, avec un numéro RCS traçable et des mentions légales accessibles. Ce n’est pas une entité fantôme. La question n’est donc pas celle de l’existence juridique de la société, mais celle de ses pratiques commerciales – et c’est là que le dossier se complique.
La sanction de la CNIL : ce que TAGADAMEDIA a vraiment fait

En décembre 2023, la CNIL a prononcé une amende de 75 000 euros à l’encontre de TAGADAMEDIA et a rendu sa décision publique. Ce choix de publicité est délibéré : la CNIL ne publie pas toutes ses sanctions, elle réserve cette mesure aux cas qu’elle juge suffisamment graves pour mériter une visibilité.
Les motifs sont précis. La CNIL reproche à TAGADAMEDIA d’avoir collecté des données de prospects via des formulaires, puis de les avoir transmises à des partenaires commerciaux, sans que le consentement recueilli soit conforme aux exigences du RGPD. Selon la délibération officielle, « les formulaires utilisés ne permettent pas de collecter un consentement conforme aux exigences du RGPD ». L’absence d’un registre des traitements valide a aggravé le dossier.
L’amende représente environ 1,6 % du chiffre d’affaires de la société. Un taux modéré à l’échelle des sanctions RGPD, mais la publicité de la décision est souvent plus coûteuse en réputation que le montant lui-même. Par délibération du 25 avril 2024, la CNIL a clôturé l’injonction prononcée le 29 décembre 2023 – ce qui signifie que TAGADAMEDIA a mis ses pratiques en conformité sur les points visés.
Avis et retours d’utilisateurs sur Testons Ensemble
Le profil de plainte revient de façon cohérente : un utilisateur accepte une offre d’entrée à faible coût, parfois quelques euros, pensant accéder à un test ponctuel ou à un échantillon. Quelques semaines plus tard, il constate un prélèvement mensuel récurrent de plusieurs dizaines d’euros sur son compte bancaire.
Le sentiment dominant dans ces témoignages n’est pas « j’ai été volé » – c’est « je n’avais pas compris que c’était un abonnement ». La nuance est importante. Plusieurs utilisateurs reconnaissent rétrospectivement que l’information était présente dans les conditions générales, mais qu’elle n’était pas mise en avant de façon lisible lors de la souscription.
D’autres signalements concernent le volume d’emails commerciaux reçus après inscription – cohérent avec un modèle basé sur la revente de leads à des partenaires. Le vrai produit vendu, c’est le profil de l’utilisateur, pas l’échantillon de shampoing.
Prélèvements imprévus : arnaque ou conditions mal lues?
La ligne est fine mais réelle. Sur le plan strictement juridique, Testons Ensemble n’opère pas une arnaque au sens pénal du terme : les conditions générales décrivent les paiements, les services sont mentionnés, les montants prélevés correspondent à ce qui est écrit. Un tribunal ne qualifierait pas mécaniquement cela d’escroquerie.
Mais « légal » et « loyal » ne sont pas synonymes. La pratique consistant à placer les informations sur l’abonnement récurrent dans des conditions générales peu visibles, après une offre d’appel à prix bas, est précisément ce que les régulateurs européens cherchent à encadrer. C’est d’ailleurs dans cet esprit que la CNIL a sanctionné les pratiques de collecte de TAGADAMEDIA.
Ce que vous devez retenir avant toute inscription : vérifiez systématiquement si l’offre à laquelle vous souscrivez déclenche un abonnement mensuel. Lisez les conditions tarifaires jusqu’à la ligne qui mentionne la reconduction. Si cette information n’est pas visible en moins de 30 secondes de lecture, c’est un signal d’alerte opérationnel.
Se désabonner de Testons Ensemble : la procédure et ses limites

En théorie, trois options existent pour résilier :
- Via l’espace client sur testons-ensemble.com
- Par le formulaire de désinscription mis à disposition sur le site
- Par contact direct avec le support
En pratique, les retours utilisateurs documentent des difficultés récurrentes : réponses tardives du support, demandes de résiliation ignorées ou traitées avec plusieurs semaines de délai, et dans certains cas, prélèvements qui continuent après une demande formelle de résiliation.
Plusieurs utilisateurs ont finalement opté pour des solutions de contournement bancaire : opposition sur la carte, blocage des prélèvements via leur banque, ou demande de remboursement par rétrofacturation (chargeback). Ces recours fonctionnent, mais ils supposent que vous agissiez rapidement après le premier prélèvement non souhaité.
Si vous êtes dans cette situation, contactez votre conseiller bancaire dès le premier prélèvement inexpliqué et conservez une trace écrite de votre demande de résiliation – email daté, capture d’écran du formulaire envoyé. Ces éléments sont déterminants si vous contestez un paiement.
Testons Ensemble vaut-il vraiment le coup pour tester des produits?
Sur l’apport concret : le site peut effectivement donner accès à des offres d’échantillons ou de tests produits. Ce n’est pas une fiction totale. Mais la valeur délivrée reste faible au regard des risques documentés, et surtout au regard du coût réel si vous activez involontairement un abonnement mensuel.
Le bilan chiffré est parlant. Une amende CNIL de 75 000 euros pour non-conformité RGPD, un signalement sur SignalFraude dès 2021, un score de confiance très faible sur ScamDoc, et des témoignages convergents sur des prélèvements non anticipés – c’est un profil de risque élevé pour un service dont la valeur ajoutée réelle est discutable.
Des alternatives existent pour tester des produits sans ce niveau d’exposition : panels consommateurs de grandes marques, plateformes d’avis certifiés, programmes bêta-testeurs directs. Ces canaux sont moins « automatisés » mais leur modèle économique ne repose pas sur la monétisation de vos données personnelles à grande échelle.
Si vous choisissez quand même de vous inscrire sur Testons Ensemble, utilisez une carte virtuelle à usage unique ou un compte secondaire avec un plafond limité. C’est la seule façon de tester le service sans exposer vos finances à un prélèvement récurrent difficile à stopper.