Une commission à 50 %, un abonnement mensuel en plus, et pourtant 12 000 artistes ont choisi d’y exposer leurs œuvres. Singulart suscite autant d’enthousiasme que de méfiance dans les cercles artistiques. Voici ce que les chiffres et les retours terrain disent vraiment.
Ce qu’est vraiment Singulart
Singulart est une galerie d’art 100 % digitale, fondée à Paris en août 2017 par Véra Kempf, Brice Lecompte et Denis Fayolle. Le projet part d’un constat simple : le marché de l’art contemporain reste largement fragmenté, peu accessible aux collectionneurs internationaux, et les galeries physiques offrent une exposition géographiquement limitée.
En 2025, la plateforme regroupe environ 12 000 artistes issus de plus de 165 pays, génère 2,6 millions de visites mensuelles et enregistre près de 1 700 ventes d’œuvres par mois. L’interface est disponible en six langues : anglais, français, allemand, espagnol, italien et mandarin – un choix qui reflète une stratégie d’audience clairement internationale.
Côté financement, Singulart a levé plus de 72,6 millions d’euros en quatre tours successifs, dont 60 millions en Série B en 2021. Une capitalisation qui explique la puissance de son infrastructure marketing, mais aussi le modèle économique qui en découle pour les artistes.
Comment fonctionne Singulart pour les artistes?
Le parcours commence par une candidature via un formulaire ouvert sur la plateforme. Tout artiste peut soumettre son dossier : biographie, portfolio photographique, prix pratiqués. L’équipe curatoriale interne évalue ensuite chaque candidature selon des critères de cohérence artistique, de qualité de présentation et de positionnement tarifaire.
Une fois sélectionné, l’artiste met en ligne ses œuvres, fixe ses prix, et Singulart prend en charge la partie commerciale : paiement sécurisé, coordination de l’expédition avec des transporteurs spécialisés, service client acheteur. L’artiste n’a pas à gérer la logistique des livraisons internationales, ce qui représente un avantage concret pour quiconque a déjà expédié une toile à l’étranger.
La sélection est réputée sélective, mais les critères restent peu transparents publiquement. Certains artistes signalent des refus sans explication détaillée, ce qui génère une frustration compréhensible. La plateforme ne communique pas de taux d’acceptation officiel.
Quelle commission Singulart prélève-t-elle sur chaque vente?

Le taux affiché est de 50 %. Singulart nuance toutefois ce chiffre en indiquant que sa commission moyenne effective s’établit à 43 %, après prise en compte des différents profils d’artistes et des ajustements selon les volumes de ventes.
Pour les artistes résidant en France et non assujettis à la TVA, la situation est plus défavorable. Selon les CGU de la plateforme, Singulart applique une commission de 45,5 % calculée sur le prix TTC. Comme la TVA (20 % en moyenne sur les ventes européennes) reste à la charge de l’artiste dans ce cas, la part nette perçue peut descendre jusqu’à 40 % du prix affiché. Sur une œuvre vendue 500 €, cela représente 200 € maximum pour l’artiste.
Singulart justifie ce niveau par le coût réel de son infrastructure : campagnes publicitaires ciblées, référencement, traduction des fiches œuvres, service après-vente multilingue et gestion logistique internationale. L’argument tient partiellement la route si les ventes sont au rendez-vous. Il pèse beaucoup plus lourd quand le catalogue ne tourne pas.
Plans d’abonnement et salaire réel pour les artistes
En plus de la commission, Singulart facture un abonnement mensuel. Trois niveaux existent :
| Plan | Tarif mensuel | Œuvres publiables | Inclus |
|---|---|---|---|
| Essentiel | 29 € (ou 25 €/mois en annuel) | 10 œuvres maximum | Accès à la plateforme, visibilité de base |
| Expert | 69 €/mois | Illimité | Œuvres illimitées + soutien d’experts |
| Premium | 149 €/mois | Illimité | Accompagnement renforcé, mise en avant prioritaire |
Singulart affirme que 100 % des revenus des abonnements sont réinvestis en marketing. Concrètement, cela signifie que l’artiste finance indirectement les campagnes qui attirent les acheteurs sur la plateforme – un modèle hybride entre galerie et régie publicitaire.
Quel revenu net peut espérer un artiste? Prenons un cas concret : un artiste au plan à 69 €/mois qui vend une œuvre à 800 € par mois. Après commission de 50 %, il perçoit 400 €. Déduire les 69 € d’abonnement ramène le revenu net à 331 € pour ce mois. Si les ventes sont irrégulières, l’abonnement devient un poste fixe qui érode rapidement la rentabilité.
Avis et retours d’expérience d’artistes sur Singulart
Les retours positifs convergent sur un point : la visibilité internationale. Avec 91 % des ventes réalisées entre un acheteur et un artiste résidant dans des pays différents, Singulart tient sa promesse d’exposition globale. Des artistes européens rapportent des ventes vers les États-Unis, l’Australie ou l’Asie du Sud-Est, des débouchés quasi inaccessibles via une galerie classique ou une présence sur les plateformes d’art en ligne locales.
L’accompagnement marketing est également cité favorablement : aide à la rédaction des biographies, conseils sur la photographie des œuvres, mise en avant lors de newsletters thématiques. Pour un artiste peu familier du marketing digital, cet appui a une valeur réelle.
Les critiques reviennent surtout sur trois points. La commission à 50 % est jugée élevée, surtout combinée à l’abonnement. La sélection manque de transparence – plusieurs artistes refusés témoignent ne pas comprendre les raisons du refus. Enfin, la concurrence interne est forte : avec 12 000 artistes référencés, la visibilité d’un profil individuel reste très variable selon la popularité du style et le niveau de prix.
Les artistes dont le volume de ventes dépasse deux à trois œuvres par mois tendent à être satisfaits du ROI. Ceux qui stagnent à une vente ou moins par trimestre considèrent que l’abonnement représente une charge injustifiée.
Singulart face à ses concurrents : quel est le meilleur site pour vendre ses tableaux?
Comparer les plateformes de vente d’art exige de clarifier les critères qui comptent vraiment : taux de commission, audience réelle, niveau de sélection et accompagnement.
| Plateforme | Commission | Abonnement | Sélection | Audience |
|---|---|---|---|---|
| Singulart | 50 % (moy. 43 %) | 29 à 149 €/mois | Curatoriale | 2,6 M visites/mois |
| Saatchi Art | 35 % | Gratuit | Ouverte | Forte (USA dominante) |
| Artmajeur | 30 à 40 % | Gratuit ou payant | Ouverte | Moyenne |
| Artfinder | 33 à 42 % | Abonnement requis | Curatoriale | Bonne (UK/EU) |
| Etsy | ~6,5 % + frais | 0,20 $/annonce | Ouverte | Très forte, tous profils |
Saatchi Art propose une commission plus basse (35 %) sans abonnement, mais l’audience est très concurrentielle et orientée marché anglo-saxon. Etsy affiche les frais les plus bas, mais le positionnement « artisanat » peut nuire à la perception des œuvres d’art originales à prix élevé. Artfinder cible un profil proche de Singulart avec une commission légèrement inférieure.
Singulart se distingue par sa puissance marketing et sa capacité à toucher des collectionneurs qualifiés dans des zones géographiques diversifiées. C’est là son avantage différenciant réel – pas le prix pour l’artiste.
Singulart vaut-il la peine pour un artiste émergent?

La réponse dépend directement du profil et du volume de ventes envisagé. Singulart convient aux artistes disposant d’un portfolio constitué, avec des œuvres photographiées professionnellement et des prix cohérents avec le marché international – en général au-delà de 300 à 400 € par œuvre pour que la commission reste supportable.
Pour un artiste qui vend régulièrement, la plateforme agit comme un canal d’export automatisé : elle prend en charge ce que l’artiste ne peut pas faire seul à cette échelle. La logistique internationale, la conversion linguistique, la crédibilité d’une galerie reconnue – autant d’éléments qui justifient mathématiquement le coût si le churn des œuvres est suffisant.
Pour un artiste débutant avec un catalogue de moins de dix œuvres et des prix en dessous de 200 €, le modèle économique ne tient pas. La commission combinée à l’abonnement réduit la marge à un niveau qui ne couvre pas l’effort investi. Dans ce cas, Balthasart – fondée par Singulart pour les profils émergents et fusionnée avec la maison mère en 2024 – était censée répondre à ce besoin spécifique, mais la fusion a brouillé les lignes entre les deux offres.
Singulart n’est pas une plateforme qui fait vendre par magie. C’est une infrastructure qui amplifie ce qui existe déjà : un travail reconnaissable, des prix positionnés, une régularité de production. Sans ces prérequis, les 1 700 ventes mensuelles de la plateforme resteront une statistique globale qui ne vous concernera pas.