La hausse médiane attendue pour 2027 est d’environ 8 %, selon les prévisions du cabinet Addactis. Elle tient surtout à deux décisions publiques : des déremboursements qui reportent des dépenses de l’Assurance maladie sur les complémentaires, et une surtaxe sur les organismes complémentaires (Ocam), reconduite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027, qui serait cette fois répercutée sur les cotisations. Le vieillissement de la population et le renchérissement des soins alimentent une pression plus ancienne. Mais 8 % est une médiane de prévisions, pas un taux garanti : votre avis d’échéance peut s’en écarter nettement, dans un sens comme dans l’autre.
Ce que 8 % veut dire, et pourquoi votre hausse peut s’en écarter
Les chiffres circulant viennent de prévisions publiées le lundi 21 septembre par deux cabinets spécialisés. Selon le baromètre d’Addactis, la hausse médiane s’établit à +8 % pour les contrats individuels et à +8,3 % pour les contrats collectifs. Une médiane signifie que la moitié des contrats se situe en dessous et l’autre moitié au-dessus : c’est un repère central, pas une moyenne que chacun subirait.
La dispersion est large. Pour les contrats individuels, les prévisions vont de +5 % à +10,8 %. Pour les contrats collectifs, de +4,1 % à +10,8 %. Un adhérent qui voit +4,5 % ou +10 % sur son courrier n’est donc pas hors norme. Ces valeurs restent des prévisions, pas des taux effectivement appliqués.
Ce qui fait bouger votre taux personnel : la politique tarifaire de votre organisme, le type de contrat (individuel ou collectif), la nature des garanties et le profil des assurés couverts. Pour situer votre cas, comparez le pourcentage reçu à la fourchette de votre catégorie de contrat. S’il se trouve dans cet intervalle, il correspond à ce qui était annoncé. S’il le dépasse, une demande d’explication à l’organisme est légitime.
Les déremboursements : des dépenses reportées sur les complémentaires
La première cause est une décision de l’État. Des décrets publiés à l’été 2026 actent quatre déremboursements au 1er janvier 2027. Ce que l’Assurance maladie cesse de prendre en charge ne disparaît pas : les patients continuent de se soigner, et la facture se déplace vers les complémentaires, qui la répercutent ensuite sur les cotisations.
La Mutualité française estime que ces mesures font basculer entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros de dépenses de l’Assurance maladie vers les complémentaires. Il s’agit d’une estimation d’un acteur du secteur, à lire comme telle, sans qu’on puisse en déduire la part exacte de la hausse qui lui revient. La nature détaillée des quatre déremboursements n’est pas précisée ici : le montant à retenir est l’ordre de grandeur global.
Pour l’adhérent, la conséquence est directe : une part de la hausse ne résulte pas d’un choix de son organisme, mais d’un transfert de charges décidé en amont. Ce mécanisme rappelle d’autres arbitrages en cours dans la protection sociale, comme ceux qui touchent le service médical de la Sécu et ses effets pour les employeurs.
La surtaxe de 2,05 %, cette fois répercutée sur les cotisations
La seconde décision publique est fiscale. Le PLFSS 2027, présenté le 1er octobre, reconduit la surtaxe de 2,05 % sur les Ocam, pour une recette attendue d’environ 1,1 milliard d’euros. Les termes du texte indiquent que, cette fois, cette charge serait répercutée sur les cotisations des assurés.
Cette composante n’a rien à voir avec le coût des soins : c’est un prélèvement qui transite par les organismes avant de se retrouver sur votre échéance. Il faut la distinguer de la précédente, qui relève de dépenses de santé déplacées. Aucune répartition chiffrée entre taxe, déremboursements et facteurs de fond n’est disponible ici, et il serait trompeur d’en avancer une.
Dernier point de prudence : le PLFSS 2027 est un projet de loi. Son contenu peut évoluer lors de la discussion parlementaire, ce qui pourrait modifier cette part de la hausse.
Une pression qui dure : vieillissement, coût des soins et hausses précédentes
Les deux décisions précédentes se greffent sur une tendance de fond. Le vieillissement de la population accroît la consommation de soins, le coût des soins progresse de façon continue et les technologies médicales évoluent. Selon Addactis, la consommation de soins et de biens médicaux a progressé de +30 % entre 2016 et 2024.
Cette dynamique explique pourquoi les hausses se succèdent. Pour les mutuelles à statut mutualiste, la Mutualité française a relevé +8 % en 2024 puis +6 % en 2025. Pour 2026, les chiffres rappelés sont +5 % en contrat individuel et +6,2 % en contrat collectif. Ces séries ne sont pas strictement comparables : les périmètres diffèrent entre mutuelles mutualistes d’un côté, contrats individuels et collectifs de l’autre. Elles montrent surtout une continuité : 2027 ne sort pas de nulle part, même si ses causes immédiates sont en grande partie réglementaires.
Retraités en contrat individuel : pourquoi ils sont les plus exposés
Dans un contrat collectif, l’employeur participe au financement de la cotisation, ce qui amortit la hausse ressentie par le salarié. Dans un contrat individuel, souvent souscrit par des retraités, l’adhérent paie seul l’intégralité de l’augmentation. À pourcentage égal, l’impact sur le budget est donc plus lourd.
Selon Addactis, ces contrats individuels, souvent détenus par des retraités sans participation employeur, sont les plus concernés. La formulation demande de la prudence : le chiffre de +8,3 % est par ailleurs cité pour les contrats collectifs, et le rapprochement avec les contrats individuels reste ambigu. Retenez plutôt le raisonnement : le profil du payeur détermine la sensibilité à la hausse.
Ces hausses répétées encouragent par ailleurs le développement de contrats « à bas coût », situés hors du cadre des contrats responsables et solidaires, selon Facts and Figures. C’est un constat de marché, pas une recommandation : ces contrats ne couvrent pas de la même façon, et un prix plus bas se paie généralement par des garanties différentes.
Que faire de votre avis d’échéance
Si la hausse que vous recevez se situe près de la médiane et dans la fourchette de votre catégorie de contrat, elle correspond à ce qui était annoncé : elle reflète en grande partie des décisions publiques, pas une initiative isolée de votre organisme. Si elle s’en écarte nettement, demandez-lui d’expliciter son calcul : c’est légitime, et sa réponse vous dira s’il s’agit de politique tarifaire ou de la structure de votre contrat.
Comparer des offres reste un choix, à faire sur les garanties autant que sur le prix, puisque les mêmes transferts de charges touchent l’ensemble du marché. Ne rien changer est aussi une option raisonnable si votre contrat répond à vos besoins. Gardez en tête que ces chiffres sont des prévisions et que le PLFSS 2027 peut encore évoluer. Pour un regard plus large sur l’épargne et la protection, la collecte record de l’assurance-vie en 2026 donne un contrepoint sur les arbitrages des ménages.