Social media girl : portrait d’une nouvelle génération de professionnelles du digital

social media girl

70 % du marché de l’influence est tenu par des femmes – et pourtant, leurs revenus annuels restent en moyenne 31 % inférieurs à ceux de leurs homologues masculins. Ce paradoxe résume à lui seul la complexité du phénomène que l’on désigne, parfois trop vite, par l’expression « social media girl ».

Qu’est-ce qu’une social media girl?

Le terme va bien au-delà de l’image de la jeune femme qui prend des selfies. Une social media girl est une professionnelle du digital qui bâtit une notoriété, fédère une audience et génère des revenus via les réseaux sociaux. L’âge moyen en France est de 30 ans, selon l’étude Reech – loin du stéréotype lycéen.

Le spectre des profils est large. On distingue quatre grandes catégories : les créatrices lifestyle (mode, beauté, parentalité), les expertes sectorielles (finance personnelle, droit, sciences), les entrepreneuses qui utilisent leur présence pour vendre leurs propres produits, et les militantes qui font des réseaux un outil de plaidoyer. Une micro-influenceuse avec 2 000 abonnés sur Instagram et une créatrice à plusieurs millions de followers relèvent toutes deux de cette définition, avec des réalités économiques radicalement différentes.

Pourquoi les femmes dominent-elles le marché de l’influence?

Les chiffres sont nets. 84 % des créateurs de contenu sur Instagram sont des femmes, selon Girlpower Marketing. Sur TikTok, elles représentent 85 % des comptes dans la tranche 1 000-10 000 abonnés et 80 % dans la tranche 10 000-50 000 abonnés, d’après Collabstr 2025. Au total, les femmes pèsent 70 % du marché mondial de l’influence.

Plusieurs facteurs structurels expliquent cette surreprésentation. Les secteurs historiquement ciblés par le marketing d’influence – beauté, mode, alimentation, parentalité – correspondent à des audiences majoritairement féminines, ce qui attire naturellement des créatrices dans ces niches. Les réseaux sociaux ont aussi offert aux femmes un canal d’expression professionnel accessible sans capital de départ, contournant certaines barrières à l’entrée du marché du travail traditionnel.

Revenus et réalités économiques d’une social media girl

Qu’est-ce qu’une social media girl ?

La médiane des revenus d’un influenceur en France s’établit à 1 600 euros par mois, soit en dessous du SMIC brut (1 801,80 euros), selon l’étude Reech 2024-2025. La réalité est encore plus contrainte : 56 % des créateurs de contenu gagnent moins de 1 000 euros par mois, et 26 % ne tirent aucun revenu de leur activité.

Les revenus varient fortement selon la taille de l’audience. Une micro-influenceuse entre 5 000 et 50 000 abonnés peut facturer entre 150 et 800 euros par post sponsorisé. Pour 78 % des influenceuses, les partenariats de marque restent la principale source de revenus – devant les revenus publicitaires, le contenu payant ou les formations en ligne.

Profil Revenu annuel moyen
Influenceur (homme) 7 450 €
Influenceuse (femme) 3 450 €

Cet écart de 31 % entre femmes et hommes, documenté par Reech, invite à regarder l’économie de l’influence avec moins de naïveté. La visibilité n’est pas synonyme de rémunération équitable.

Un marché en pleine explosion : chiffres et perspectives

En France, les investissements en marketing d’influence sont passés de 323 millions d’euros en 2022 à 587 millions d’euros estimés pour 2025, selon les données ARPP – France Pub. La progression est régulière : 460 millions en 2023, 519 millions en 2024. Sur quatre ans, le marché a quasi doublé.

À l’échelle mondiale, le marketing d’influence a plus que triplé depuis 2019 pour atteindre 24 milliards de dollars en 2024, selon Influencer Marketing Hub. La creator economy dans son ensemble – qui inclut les outils, les plateformes et les services aux créateurs – était estimée à 191 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 528 milliards d’ici 2030, soit un taux de croissance annuel de 22,5 % selon Collabstr. Ces chiffres positionnent la création de contenu comme un secteur économique à part entière, pas comme un phénomène marginal.

Les inégalités persistent malgré le succès des créatrices

Le paradoxe est documenté sur deux continents. En France, l’écart de revenus annuels entre créateurs hommes et femmes atteint 31 %. À l’international, les créateurs masculins sont rémunérés en moyenne 83 dollars de plus par collaboration, soit 40 % d’écart supplémentaire selon Collabstr 2025. Les femmes dominent l’audience, mais elles négocient dans une position structurellement défavorable.

Plusieurs leviers permettent de réduire cet écart. La transparence tarifaire entre créateurs progresse lentement mais réellement, notamment via des communautés en ligne où les influenceuses partagent leurs tarifs de référence. La diversification des revenus – vers les formations, les produits propres, les abonnements – réduit aussi la dépendance aux partenariats de marque, là où les asymétries de rémunération sont les plus marquées.

Ces 150 000 créateurs actifs en France, majoritairement des femmes, construisent une économie nouvelle. Que les marques qui en bénéficient le plus les rémunèrent encore en dessous du SMIC médian reste la ligne de fracture que le secteur ne peut pas indéfiniment ignorer.