Vous consultez votre médecin un mardi soir, mais votre poste exige votre présence le mercredi matin. Vous demandez si l’arrêt peut démarrer le lendemain. La réponse n’est ni automatique ni interdite – elle dépend d’un cadre légal précis que beaucoup ignorent, avec des conséquences réelles à la clé.
Ce que dit la loi sur la date de début d’un arrêt de travail
Le principe posé par le Conseil national de l’Ordre des médecins est clair : un arrêt de travail doit être daté du jour de la consultation et ne peut être prescrit qu’après examen effectif du patient. Sans circonstances exceptionnelles, le début de l’arrêt ne peut pas être fixé à une date antérieure à la constatation médicale.
Deux articles du Code de la santé publique encadrent cette règle. L’article R. 4127-24 interdit tout acte procurant un avantage matériel injustifié. L’article R. 4127-28 dispose explicitement que « la délivrance d’un rapport tendancieux ou d’un certificat de complaisance est interdite ». Le postdatage – fixer le début de l’arrêt à une date ultérieure à la consultation – entre dans ce périmètre dès lors qu’il n’est pas médicalement justifié.
Est-ce qu’un médecin peut faire un arrêt pour le lendemain?
Oui, mais sous des conditions strictes. Un médecin peut légalement fixer le début d’un arrêt au lendemain de la consultation si une justification médicale réelle l’exige – par exemple, des symptômes susceptibles de s’aggraver dans les heures suivantes, ou une situation clinique qui rend raisonnable d’anticiper d’une journée l’incapacité de travail.
Dans ce cas, le motif du report de date doit être inscrit directement sur le certificat médical. Ce n’est pas une formalité accessoire : c’est la condition qui distingue un postdatage légitime d’une irrégularité. Sans cette mention explicite, le document est juridiquement fragile.
Concrètement, vous ne pouvez pas simplement demander à votre médecin de « décaler » l’arrêt d’un jour pour des raisons d’organisation personnelle ou professionnelle. La décision appartient entièrement au médecin, qui engage sa responsabilité ordinale en l’inscrivant sur l’ordonnance.
Postdater un arrêt de travail : quels risques pour le médecin et le patient?

La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins a tranché dans sa décision n° 14225 du 5 novembre 2020 : antidater ou postdater un arrêt de travail constitue un manquement aux articles R. 4127-24 et R. 4127-28 du Code de la santé publique. Même en l’absence d’avantage illicite pour le patient, la sanction applicable est le blâme.
Au-delà du disciplinaire, un postdatage non justifié expose le médecin à des poursuites pénales pour faux et usage de faux. Du côté du patient, la Sécurité sociale peut simplement refuser la prise en charge : si la date de début de l’arrêt ne correspond pas à la réalité de la consultation, les indemnités journalières peuvent être supprimées.
Obtenir un arrêt de travail en téléconsultation : ce qui a changé depuis 2024
La LFSS 2024 (article 65) a posé une limite ferme : un arrêt prescrit en téléconsultation ne peut pas dépasser 3 jours. Au-delà, une consultation physique est obligatoire. Si ce plafond n’est pas respecté, aucune indemnité journalière ne sera versée pour les jours excédentaires.
Depuis le 1er juin 2023, le médecin qui réalise la téléconsultation doit avoir vu le patient au moins une fois en présentiel dans les 12 derniers mois – sauf urgence avérée ou impossibilité d’accès à un médecin. Cette condition s’applique donc à la majorité des situations courantes.
La LFSS 2025, promulguée le 28 février 2025, a ajouté une restriction supplémentaire : les professionnels de santé exerçant principalement à l’étranger ne peuvent plus prescrire d’arrêt via télémédecine, quelle que soit la durée. Les plateformes dont l’activité principale consiste à délivrer des arrêts à distance sont purement et simplement interdites. En 2024, selon les données disponibles, 14 millions de téléconsultations ont été réalisées en France, dont 40 % via ces plateformes – un volume qui explique le durcissement réglementaire.
Quelle est la procédure concrète pour obtenir un arrêt rapidement?

Votre médecin traitant reste le premier interlocuteur. Si vous ne pouvez pas obtenir un rendez-vous le jour même, le médecin de garde ou une maison médicale de garde prennent en charge les situations urgentes, y compris les prescriptions d’arrêt.
Pour la téléconsultation, vérifiez au préalable que :
- Vous avez vu un médecin en présentiel dans les 12 derniers mois
- Votre situation ne nécessite pas plus de 3 jours d’arrêt immédiat
- La plateforme utilisée n’est pas une plateforme dédiée exclusivement aux arrêts de travail
Une fois l’arrêt obtenu, vous disposez de 48 heures pour transmettre le volet 3 à votre employeur et les volets 1 et 2 à votre CPAM. Ce délai court dès la date de prescription, pas dès le début effectif de l’arrêt. Un envoi tardif peut entraîner une réduction des indemnités journalières.
Un arrêt de travail de complaisance reste une fraude caractérisée
Demander un arrêt pour une raison qui n’existe pas médicalement – même pour une seule journée, même pour le lendemain – relève de la fraude à la Sécurité sociale. Pour le patient, les sanctions vont du remboursement des indemnités perçues à des poursuites pénales. Pour le médecin, elles vont du blâme à la radiation.
La frontière est nette : si vous ressentez des symptômes réels, vous avez le droit de consulter et d’en parler honnêtement à votre médecin. C’est lui qui évalue si un arrêt est justifié et à quelle date il commence. Vous pouvez légitimement demander si un début le lendemain est médicalement envisageable – vous ne pouvez pas exiger que le médecin adapte le certificat à votre agenda.
Un arrêt de travail est un acte médical, pas un document administratif qu’on ajuste à la convenance. Celui qui traite cette frontière avec légèreté s’expose à des conséquences disproportionnées par rapport au bénéfice recherché – une journée de travail évitée contre un risque de redressement, de sanction ou de radiation.